Jour 1

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Départ. A 10:30 de Parkview lodge

  

En autobus, la route est d'environ une heure, mais nous roulons rapidement et nous arrivons au campement vers 11:30 on y restera deux heures. 


Ici, il nous faut payer nos accès : $ 700 U.S. pour la durée du séjour. Le gouvernement impose ces frais pour entretenir les pistes (qui le sont très bien d’ailleurs). Il s’agit sans doute d’une mesure de dissuasion, afin de limiter le nombre de personnes qui s’inscrivent pour cette activité et préserver la montagne.


Vers 13 heures c’est le départ pour l'ascension.


La montée est lente et progressive, 11 km et 1000 mètres de dénivelé. On part à 1800 mètres pour terminer à 2895.


Le chemin se fait dans la jungle, la faune est à peu près inexistante ici, moi qui espérais croiser des lions en chemin ;) On a bien vu un corbeau à gorge blanche qui se nourrit de nos restes, mais c’est tout.


Les lianes sont si solides qu'on s'installe pour se balancer, le groupe est assez heureux de cette découverte, mes compagnons de voyage s’y installent l’un après l’autre afin de faire un tour de cette balançoire naturelle. La forêt est magnifique et malgré mes appréhensions, tout se passe bien.


J'ai bien parfois l'impression que je suis plus essoufflé que je devrais pour la petite distance parcourue, mais on arrive au premier campement sans anicroche.

Le camp c'est un peu l'enfer. Il doit y avoir une centaine de tentes et tout ceci multiplie par un nombre d'au moins le double de personnes.

  

Rien que notre groupe nous sommes cinquante-cinq ! 11 touristes = 3 porteurs x personne, plus 5 guides, plus quelques cuisiniers, etc…


Nos guides ont installé les tentes pour nous, mais y a 5 tentes = 11 personnes ça ne fonctionne pas. On me dit que quelques porteurs ont pris du retard. J'ai finalement ma tente une demi-heure plus tard. On nous apporte de l'eau pour notre toilette, j'arrive tant bien que mal à me laver au complet.


On s'installe pour souper et la température tombe rapidement, de 15 ou 17 degrés Celsius on tombe à 5 facilement.


Comme nous sommes immobiles on doit mettre des épaisseurs en attendant notre souper dans la tente repas bien installée avec des petites chaises confortables.


On boit du thé on mange du popcorn on discute.


Les Américains parlent beaucoup et nous les Canadiens on est plutôt tranquilles, mais on participe quand même.


Un de mes compagnons est drôle il a composé une chanson pour le groupe sur l'air de Polé-Polé.


On soupe vers 19:30, poisson pommes de terre, légumes en sauce, très bon très goûteux.


On a même droit à de petites toilettes portatives dans des abris très convenables, le tout est assez confortable.


Notre chef-guide nous fait prendre la mesure de notre pouls et notre taux d’oxygène un de mes compagnons n'a pas un bon score, le chef-guide lui demande de commencer à prendre du Diamox.


Mon pouls et mon taux d'oxygène sont bons : pouls à 79 taux d'oxygène à 90, la norme c'est rassurant.


Le chef-guide nous explique comment se déroulera la journée de demain, une ascension plus à pique, mais qu'il nous forcera à faire plus lentement qu'aujourd'hui. On doit ainsi grimper un autre 890 mètres et plus tard on va faire une séance d'acclimatation au campement Shira 2.


On doit se coucher on va se réveiller à 6:30 du matin. 

JOUR 2

On se réveille tôt (six heures trente du matin), car le déjeuner est à sept heures.

Dès huit heures nous prenons la route, la durée totale de la route sera moins longue qu’hier et on nous annonce que nous devrions avoir terminé vers 13 heures. 


Par contre l’ascension montée est beaucoup plus prononcée. Nous devons parcourir 800 mètres de dénivelé en cinq kilomètres. Dès les premières minutes, on peut ressentir la différence.


Un de mes compagnons de route qui ne se sentait pas bien la veille prend maintenant du Diamox son copain a fait de même, car lui aussi souffrait de malaise la veille et préfère ne pas prendre de chance.


En ce qui me concerne, la nuit est plus ou moins reposante à cause des fréquentes envies d’uriner (car j’ai peu l’habitude de boire autant d’eau jour après jour, ici on nous demande de boire 3 litres minimum en plus des nombreux thés qui servent à nous réchauffer le soir avant de nous retirer dans nos tentes). J'ai dû me lever deux fois et sortir au froid pour exécuter ma besogne.


Je n'ai tout de même pas dormi très longtemps, réveillé vers deux heures trente, je n'ai fait que tenter de me rendormir sans trop de succès.


Cette fois, la montée est vraiment plus exigeante, ma respiration est plus rapide et je m’interroge : est-ce que j’ai des problèmes ou bien si est-ce je me fais trop d'idées dans ma tête ?


Je suis plus essoufflé que la veille, mais j'arrive tout de même à terminer ma journée comme tout le monde. J'ai découvert que tout le monde prend du Diamox ou presque à part moi.


Mon groupe est composé de jeunes adultes, tous en forme, ils ont un maximum de 30 ans. Ceci me met un peu de pression, car j’ai le double de leur âge, ce sont des marathoniens, athlètes et des gens qui ont parfois déjà atteint le camp de base de l’Everest, ou grimpé l’Annapurna, pas un petit groupe de sédentaires !


Nous arrivons au deuxième campement, le Shira à 3 847 mètres vers une heure quinze. On mange en groupe, la nourriture est excellente, une bonne soupe suivie d'une espèce de ragoût de poulet. Ensuite nous avons droit à une heure ou deux pour faire la sieste. J’essaie tant bien que mal de me reposer, je m’étends ainsi pour me réveiller à seize heures cinquante-cinq, à peine cinq minutes avant la Magic Hour.


La Magic Hour, c’est ce moment de la journée où le soleil est sur le point de se coucher et ses rayons d’or couvrent le paysage avec en toile de fond le sommet majestueux de la montagne. 


D’ici la vue sur le Kili est magnifique on peut également admirer le mont Méru, deuxième sommet de Tanzanie.  Le coucher de soleil est magnifique, nous passons vraiment un beau moment.


Puis c'est le retour, souper en équipe et débriefing pour le lendemain. La journée s'annonce exigeante, Ali notre guide de la journée, nous annonce que nous devons nous attendre à ce que certains aient des problèmes avec l'altitude, des vomissements, etc.


Chacun de nous prend la mesure de ses signes vitaux. Mon taux d’oxygène est descendu à 80, ça m'inquiète un peu, mais Ali dit que c'est correct.


Demain nous ferons un premier test de haute altitude, nous irons faire un tour à 4 600 mètres.  

Le Magic Hour sur le Kilimandjaro.

Le Magic Hour sur le Kilimandjaro.

JOUR 3

Notre tente de ravitaillement là où nous partagions nos repas.

Lorsque je suis parti pour l’Afrique, je craignais de ne pas manger à ma faim tous les jours. Et un de mes collègues au Québec qui avait grimpé la montagne, m’avait prévenu d’apporter des barres nutritives, car me disait-il « la nourriture est pourrie en montagne ».


De plus au Park Lodge Hôtel de Moshi, j’ai fait la connaissance de deux touristes Allemands qui rentraient de l’expédition. Ils m’ont confié avoir arrêter de manger la nourriture qu’on leur donnait après quatre jours en montagne, car disaient-ils elle devenait avariée, car mal conservé et goûtait mauvais. Ils s’étaient nourris de ces fameuses barres nutritives pour le reste de leur périple. 


J’avais donc emporté plus d’une vingtaine de ces barres qui peuvent remplacer un repas lorsqu’on n’a rien d’autre.


J’ai été quitte pour rapporter plus des trois quarts de ces barres nutritives.

Notre chef a cuisiné des plats appétissants, agrémentés de fruits frais, de légumes cuits, d’épices odorantes. Nous avons littéralement trop mangé en montagne. Heureusement qu’on marchait tous les jours.

  

On s'est levé dès six heures ce matin. Il y avait une petite fête, car c'est l'anniversaire d’une de mes compagnes de voyage, elle célèbre ses 30 ans aujourd'hui.


On prend un peu de retard à cause de tout ce brouhaha autour de la petite fête improvisée, mais ici on s'en fout un peu tant qu'on arrive avant la nuit.


Aujourd'hui le trajet contient trois sections : la première est d’environ 300 mètres plus élevée, la deuxième elle, nous amènera jusqu'à 4 500 mètres et finalement on redescendra à 3 600 mètres pour le camp de nuit.


Je n’arrive pas à déjeuner comme il faut ce matin, je souffre d’un début de nausée. C'est un des signes du mal des hauteurs.


Dès les premiers pas, je me sens essoufflé. Ça promet!


La sortie est difficile et le doute s’installe dans ma tête. Je m'interroge carrément sur ma capacité de terminer la route d’aujourd’hui et par le fait même, l'ascension.


On va comme ça pendant plusieurs heures et je me sens découragé, car j'ai l'impression que je n’y arriverai pas. Finalement notre guide nous annonce que nous sommes à une heure de la deuxième étape. On dirait bien que j'ai manqué quelque chose, car je n'ai jamais eu connaissance qu'on avait franchi la première section et donc nous sommes maintenant techniquement déjà au-dessus de 4 000 mètres, une marque importante pour l’acclimatation et pour ne pas souffrir du mal des hauteurs.


Je suis revigoré par l'annonce et on arrive sans encombre à la Lava Tower. Par contre pour le lunch je ne suis pas capable de manger ou presque...


Une pause d’à peine 30 minutes et c’est reparti pour la descente. Ça devrait être plus facile, mais ça ne l'est pas tout le temps. Je dérape et tombe par terre un de mes jeunes compagnons m’aide à reprendre pied. Petit incident sans conséquence, rien de grave pas une égratignure, du Alain à son meilleur !


Deux heures s’écoulent et on arrive au nouveau campement. Mon porteur, M. Martini, m'attends pour me rappeler que c'est lui transporte mon bagage. Ici les porteurs travaillent dure, vingt kilos sur la tête et ils en profitent pour nous dépasser durant l’ascension. Pour M. Martini, le pourboire est comme pour les autres, tout à fait mérité.


Je suis très fatigué, je veux m'étendre, mais à peine ais-je la tête sur mon matelas de camping que quelqu'un vient me sortir d'un demi-sommeil : diner !


En fait on découvre ensemble que c'est plutôt une collation. On reste là un bon moment puis je me lasse et je reviens à ma tente, mais encore une fois, peu de temps après un de mes compagnons vient me chercher pour le vrai repas de la soirée.


On jase je mange enfin pour de vrai, on rigole on fait de charades.


Bon. Soirée terminée ! Je suis dans ma tente, demain ce ne sera pas plus facile, alors ça m'énerve un peu. On verra bien. Lights out !

Jour 4

Le BARANCO WALL

Je me sens beaucoup mieux qu’hier.


Je n'ai souffert d'aucun désagrément et malgré mes craintes, l'ascension s'est très bien passée. La première était celle du mur de Baranco, 400 mètres presque en droite ligne.


Rien qu’à de regarder les gens qui l'entamaient j’avais la frousse, mais nous avons gravis le mur sans embûche.


Je me suis collé derrière Richard notre guide de la journée et je le suivais pas à pas. Ce fut une bonne idée, car nous avons franchi des passages difficiles, et il me donnait de bons conseils. Parfois il nous fallait tourner le dos au vide, en entourant la paroi rocheuse de nos bras. Nos guides appellent ça le « kissing rock » :)


Une fois au sommet nous avons fait plusieurs photos de chacun de nous certains en profitant pour faire le fameux jump (on saute au moment où le photographe prend la photo).

Une fois monté, il faut redescendre et j'appréhendais encore une fois cette partie de la route, car Richard m'avait bien conseillé de prendre mes bâtons. Mais c’était sans doute une mesure de précaution, car tout s’est bien déroulé.


Plusieurs montées et descentes ont ponctué cette partie de la route. Après plusieurs heures de marche, nous avons finalement traversé une dernière vallée avant une montée abrupte vers le campement dont je me serais bien passé. Richard nous a fait remarquer que nous franchissions le dernier ruisseau avant les deux dernières étapes, et qu’à partir de maintenant nos porteurs n'avaient d'autre choix que de redescendre chercher l'eau pour le reste du voyage.


On apprend beaucoup sur les gens, sur les porteurs, entre autres. Ils doivent porter un maximum de 20 kg ce qui est énorme sur ces distances, et alors que nous on fait « polé polé » eux ils courent pratiquement en montant.


Le gouvernement a mis des règlements en place pour contrôler l'accès et les abus, il faut avoir 18 ans maintenant pour devenir porteur et ils reçoivent tous une formation. Même une session au gym en préparation n'est pas rare et la course à pied est l'outil favori.


Emmanuel notre chef-guide nous parle de sa vie. Il n’a que 27 ans, il est marié et a rencontré Évelyne sa femme il y a deux ans. Ensemble, ils attendent un enfant. Emmanuel soutient le People Power. Je n’ai trouvé aucune trace du parti sur Internet. J’ai l’impression qu’il s’agit plus d’un slogan et qu’en fait le parti qu’ils appuient c’est le Chama Cha Mapinduzi - CCM, un parti populiste qui promet de mettre fin à 40 ans du même régime et à la corruption qui s'en suit. Beaucoup de porteurs sont en faveur de ce parti.

Emmanuel nous explique son parcours, il a suivi une formation de porteur et il a commencé il y a 4 ans de cela. Dès son début son ami lui a conseillé de suivre la formation de guide, car son anglais est très bon.

Côté compagnons de voyage, disons qu’il y a des hauts et des bas, aujourd’hui j'ai un peu marre des Américains, je crois que mes amis Canadiens pensent la même chose. Ils font parfois preuve d’une étroitesse d'esprit et ne font pas preuve de retenue, ce qui finit par tomber sur les nerfs.


On a eu une discussion sur les bienfaits et les méfaits reliés à la margarine. Un de mes compagnons Canadien en mange tout le temps, moi aussi, car ma diététicienne me l’a conseillé il y a près de 10 ans. Les compagnons des U.S.A. trouvent que c’est mauvais et croient que peu importe ce que santé Canada peut en dire, c’est eux qui ont raison…


Bref, j'apprécie les moments de solitude dans ma tente, mais ce dont j'ai vraiment envie c'est une douche ! 

L'ascension du Baranco Wall

L'ascension du Baranco Wall

En préparation pour la dernière ascension.

JOUR 5

La nuit n'a pas été aussi reposante que la veille, mais j'ai tout de même fermé l'œil. 


Aujourd'hui c'est le grand jour. Hier Emmanuel notre guide en chef, nous a expliqué comment se déroulerait la journée et un peu ce qui se passerait lors de l'ascension.


Petite journée ce matin. On part pour le camp de base à 4 600 mètres, ce qui représente une ascension de 600 mètres sur une durée de trois heures.


D'après Emmanuel il s’agit de la plus facile de toutes les journées. Une fois au camp de base on fait une petite sieste, on prend le lunch, on refait une petite sieste on soupe et on essaie de fermer l'œil jusqu'à minuit.

J'avoue que je sens déjà l’adrénaline monter.


Mon IPhone est sur le point de rendre l'âme et je n'ai pas apporté le fil pour la recharge alors je le garde fermé, ainsi que la tablette pour pouvoir capturer LA photo, celle du sommet !


J'ai réussi à emprunter un câble Jack, mon IPhone est chargé complètement. C'est une bonne nouvelle si je parviens à me rendre jusqu’au sommet je pourrai prendre des photos! Nous avons grimpé les premiers 600 mètres de la journée sans problème. J'ai tout de même trouvé cela un peu difficile, car j'étais tout le temps à bout de souffle.


On a mangé et après petit dodo, Emmanuel nous recommande de dormir cet après-midi, car même si a la possibilité de se coucher après le souper, souvent l’adrénaline nous empêche de dormir.

Je viens de me réveiller j'ai dormi de deux heures à quatre heures trente pm, c'est bon. Je grelotte un peu, mais ce n’est rien de grave.


Emmanuel nous a expliqué par le détail la dernière ascension. Il parait que les deux dernières heures avant le cratère seront les plus difficiles. Une fois au Stella Point nous prendrons à nouveau nos signes vitaux afin de déterminer notre capacité de monter jusqu'au sommet. C'est stressant tout ça, je prenais pour acquis qu’à partir du moment où je serais arrivé à 4 600 mètres je serais prêt. Ce n'est pas le cas. En plus ma capacité d'oxygène est basse, j'ai fait 78 et on demande 90.


Il fait déjà pas mal froid, il nous faut vraiment bien nous habiller, car le reste de l'ascension sera glaciale, de nuit et à cette hauteur, il faut combattre la fatigue et le froid. Les guides vont nous aider, ils nous garderont en petit groupe et si certains ralentissent ils resteront avec eux. David m'a dit qu'il porterait mon sac.


C'est ici que je devrai accepter le sort, si mon corps refuse d'aller plus haut j'aurai vécu toute une aventure et il faudra m'en contenter.


Soyons philosophes, 98% c'est pas mal proche de 100%.

L'ascension

Julius mon compagnon de la dernière ascension.

Le doute qui m'assaillait était palpable

En fait c'est à vingt-trois heures le jour 5 que tout a commencé.


Nous avons mangé un léger goûter composé des biscuits et de thé et ensuite nous nous sommes préparés pour l'ascension finale.


Afin de nous donner un maximum de chances de réussite, nous sommes accompagnés des cinq guides. Le rythme est lent, très lent, Polé-Polé, peut-être trop même, mais malgré tout le départ me replonge dans mes doutes.


Dès les premiers pas, je sens ma respiration qui est trop rapide. J'ai parcouru à peine une centaine de mètres que déjà je ressens la fatigue. On dirait que mes jambes ont parcouru mille mètres.


Ça y est, c'est certain que je n'y arriverai pas.


Au bout de deux cents mètres, je m'assois carrément. Julius, un des guides vient me voir et je lui dis: "I'm not feeling well. I think I might not be able to go to the top"


C’est à ce moment que j’ai pris la décision que j’en avais assez fait. La sensation que j’avais vécue lorsqu’on m’a annoncé que j’avais le cancer me revenait. Je ne voulais pas mourir sur cette montagne, loin de ma conjointe, loin de ma famille. 


J’étais décidé à arrêter.


Une merveilleuse aventure qui se terminait un peu en queue de poisson, mais j’avais presque atteint le sommet. 


Je pouvais être fier de moi.

Je ne me sens pas bien, j'ai peur de ne pas y arriver. Julius m'ausculte, il appuie sa tête sur ma poitrine et me regarde : non, ta respiration est bonne, tu n'as pas de grave problème. Ok, je ne me sens vraiment pas bien, mais s'il di t que ce n'est rien, ce doit être vrai, non ? Une force plus grande que ma volonté de tout abandonner me retient.


Non, c’est ridicule, je ne pourrai pas être content de moi si j’arrête maintenant. Je fais confiance à Julius, même si je n’ai aucune raison de croire qu’il ait les qualifications d’un médecin. Il en a vu d’autres.


Il faut espérer qu'il sait vraiment ce qu'il fait, après tout je ne suis pas venu ici pour y laisser ma peau !


Je puise au plus profond de moi les réserves d’énergie et de courage qui me reste. Allez ! J'arrive à me convaincre de ne pas abandonner. Nous reprenons le chemin, mais je refuse d'aller plus rapidement, ce sera à ma vitesse ou pas du tout.


Un peu plus loin j'aperçois une compagne de voyage, trente ans, iron-woman (elle a terminé le Ironman) qui semble incapable de faire un pas de plus. Au moins ça n'a rien à voir avec ma condition physique.


Nous subissons tous les deux les effets du mal des hauteurs. Par contre ce qui me surprend c'est qu'elle prend du Diamox alors comment se fait-il qu'elle se sente ainsi ? Moi je n'en prends toujours pas. J'aurais dû, j'avais des signes avec mon taux d'oxygène, mais trop tard maintenant ça ne servirait à rien.


Nous continuons notre route, une ascension longue, lente et pénible. Je ne crois vraiment pas pouvoir y arriver. J'ai mal au cœur, j'ai l'impression que je suis en train de faire une pneumonie, l'air froid qui se condense sur mes poumons me fait tousser. Julius me dit "you're ok", et j'essaie de le croire. Il se saisit de mon sac à dos, quel soulagement !


Je n'avais pas réalisé qu'y glisser mon sac d'eau de 3 litres et mon manteau en plumes d'oie serait un tel calvaire. J'avais décidé de mettre mon manteau en plumes d'oie dans mon sac à dos, car je doutais en avoir besoin. Mon manteau Archteryx et mon Thermoball en dessous devraient suffirent pour ce genre de température, mais mes compagnons Américains me traitaient de Canadien parce qu'eux n'auraient laissé aucune couche supplémentaire dans leur sac à dos.


Mais au final j'ai eu raison, même à moins quinze, j'étais suffisamment protégé du froid. Mais mon eau a gelé dans le tuyau, j'avais bien soufflé en buvant afin d'expulser l'eau qui pourrait rester dans le tuyau, mais ce n'était pas suffisant. Donc : et mon sac d'eau, et mon manteau n'étaient que des poids morts que je traînais alors que j'avais besoin de toutes mes forces. 


Julius s'est chargé de mon barda, lui il est habitué à l'altitude et sans doute que si j'avais pris mes médicaments, je serais capable moi aussi, mais pour le moment c'est lui le plus fort et je suis très heureux qu'il soit là.


Le reste de la nuit, je peinais à avancer, mes jambes étaient lourdes, ma respiration haletante et j’avais mal au cœur. Chaque pas était difficile et la seule chose qui me faisait avancer c’est l’espoir que le jour se lève et m’indique que je suis arrivé au sommet.


Je reprends la marche, l'ascension se fera progressive et lente, mais je réussis à prendre mon courage. Je bois dans la bouteille de Julius, pas beaucoup, mais je prends ce que je peux quand je peux. Nous gravissons ainsi les mille mètres qui nous sépare de Stella point. Il est près de six heures trente du matin lorsqu'enfin nous atteignons les rebords du cratère.


J'ai de la difficulté à y croire, c'est magnifique. Le soleil se lève à l'horizon et éclaire le cratère du Kilimandjaro. Quelle montagne magnifique ! Je vois David, le plus jeune de nos guides qui me tend une tasse de thé au gingembre, c'est la meilleure tasse de thé de ma vie.


Julius me dit, le sommet est tout près, à peine deux cents mètres et la route est en pente douce, on voit le sommet et surtout le paysage fantastique tout autour. 


Le glacier qui malheureusement fond lentement, dans dix ans il ne sera plus la... 


Le cratère immense qui s’ouvre devant nous.

  

Je me demande comment font les gens pour arrêter si près du but. Pas moi, pas question, plus maintenant. 


C'est le sommet c'est certain.


Les derniers mètres vers le sommet


Je suis un peu euphorique et j'essaie de courir un peu, de doubler ma compagne de trente ans, mais je m'aperçois rapidement que ce n'est pas la meilleure idée que j'ai eue. Je suis forcé de ralentir, car le mal des hauteurs me rappelle que je n'ai pas beaucoup de forces.


Peu importe, trente minutes plus tard j'atteins le sommet ! Mission accomplie. Mes compagnons de voyage sont toujours là. Je n'ai pas mis trop de temps à rejoindre le groupe de jeunes gens et je me sens aussi fou qu'eux. 


"We made it!" Quelle aventure, quel beau voyage. Quelle façon de découvrir un pays.


Nous sommes restés une trentaine de minutes et il fallait bien redescendre, un chemin avec un fort dénivelé et long de cinq kilomètres, sans compter que nous devrons faire un autre sept kilomètres pour rejoindre le camp Mekwa dernier arrêt avant la porte de Mekwa et le retour à Moshi! J’ai tellement hâte d'arriver à Moshi, j'ai tellement besoin d'une douche et de vêtements de rechange, ça n’a aucun bon sang!